Pat Metheny prend le thé avec Noël Akchoté...

November 1997 by Noël Akchoté for the French magazine Jazz Magazine

En 1997, cinq ans après sa conversation avec Serge Lazarévitch, Pat Metheny - décidément très friand d’échanges verbaux avec des guitaristes français - s’entretient autour d'un thé avec son jeune confrère Noël Akchoté. C’est bien sûr dans Jazz Magazine (n°475, novembre 1997). Vient tout juste de sortir, chez Warner, « Imaginary Day ».


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BEBOP / ÉLECTRONIQUE Pendant des années, j'ai ignoré ou refusé cette dualité bien qu'elle ne me pose aucun problème. Au contraire, la situation est intéressante. Je diffère de beaucoup d'autres musiciens de ma génération parce que je n'ai pas commencé par le rock mais par le jazz. Je n'ai rien joué qui se rapproche du rock avant l'âge de vingt ans. Dès quatorze ans, je me suis mis au bebop et à la tradition, avec orgue, guitare et batterie. La région de Kansas City est marquée par une forte tradition, un rapport spécial au swing et à la technique, une façon de composer la mélodie. Mes racines sont profondes. Tradition, jazz ? Okay. Mais je dis aussi : « Fuck it ! » Avant tout, je joue comme je sens, comme j'aime.

ORNETTE COLEMAN A Paris en 85, au Zénith, j'ai joué un « hommage à Ornette Coleman ». Sa musique a été pour moi une sacrée source d'inspiration. Et d'amusement. Je l'ai entendu la première fois quand j'avais dix-douze ans. Ce fut comme un sourire. Une belle émotion. Il y a beaucoup de bavardages sur ses théories harmolodiques et tous ces trucs. L'intérêt de sa musique, c'est qu'elle est marrante. L'esprit de la mélodie, voilà ce qui importe. Suivre la nature de la ligne, et non pas suivre l'harmonie dans un sens linéaire et normal. Il s'agit plus d'une question de son que de notes.

Les innovations m'intéressent dans la mesure où elles appartiennent à ma vie de tous les jours. Quand je joue un truc qui rappelle Ornette Coleman, en fait, je laisse aller naturellement ce qui sort de moi, comme une mélodie. La mélodie, ça va de la chanson au simple bruit.
J'ai beaucoup joué avec Charlie Haden et Billy Higgins. Ça m'a permis d'entrer réellement dans l'esprit de cette communauté de musiciens. Nous avons enregistré un disque « live » ensemble. Un soir où je ne bossais pas, je suis allé au New Morning, un club vraiment sympa. Ce genre de lieu conviendrait bien à notre trio.

PERSONNELS Nana Vasconcelos est le plus grand percussionniste. Il a joué une fois avec nous, puis deux, puis trois... Mais il est trop demandé. Sans compter qu'on utilisait à peine un quart de ses qualités. J'avais remarqué Pedro Aznar au Brésil. C'est un bassiste incroyable. Il est si musical que je savais qu'il pouvait devenir un excellent percussionniste. De plus, il joue de la guitare, des claviers et chante. Il y a quelques années, quand Nana et Dan Galey, mon ancien batteur, sont partis, j'ai reconsidéré toute l'histoire du groupe, on avait besoin de sang neuf. Dan était resté sept ans, il a un style très personnel. Le batteur donne le ton d'une formation. Paul Wertico - un batteur de Chicago - et Pedro, aux percussions et chant, ont rejoint le groupe il y a trois ans. Ils forment une combinaison intéressante. Lyle Mays, aux claviers, est un vieux complice. Le bassiste, Steve Rodby, est là depuis le début ou presque.

DISCIPLES J'ai enseigné à Mike Stern pendant sept ans. C'est d'ailleurs le seul élève que j'ai eu. Bill Frisell venait souvent m'écouter. Nous habitions Boston. J'ai aussi une maison à New York. J'habite dans un quartier où il y a une sorte de communauté de musiciens : Jack DeJohnette, Carla Bley... Un jour, je devais donner un cours à Bill Frisell, et en fait on a fait le bœuf. De tous les jeunes guitaristes, Bill est mon préféré. À une seule note, on le reconnaît. Il a un son et un style très frais. Avec lui et John Scofie!d, je serais prêt à faire des milliers de kilomètres. Je compte totalement sur ces gars. Ça va plus loin que de jouer de la guitare : avec eux, on est au cœur de la musique.

AMOURS J'ai enregistré avec la chanteuse brésilienne Celia Vaz. L'album est sorti au Brésil, mais pas aux États-Unis. Je ne l'ai jamais entendu ! Pareil avec Tony Yort, un grand guitariste : enfin, là j'ai entendu le disque, mais je ne l'ai pas. Mon musicien préféré est Milton Nascimento, vraiment ! Lui et Miles Davis atteignent le « top » niveau. Je suis heureux de vivre à la même époque qu'eux. Nascimento était mon idole, il est devenu un ami. Depuis trois ans, on parle de faire des choses ensemble. Mon groupe marche bien maintenant. Si le fait de bosser avec Milton pouvait faire qu'il soit plus connu aux États-Unis, ce serait rendre justice à son talent. Je n'ai jamais fait écouter son disque à quelqu'un qui ne dise : « Quel musicien extraordinaire ! »


Propos traduits par Mfa Kera

Interview de 1992 Interview de 1997

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